#Lifestyle: Making of d’une murder party virtuelle

J’ai cru comprendre que vous aviez aimé mes concours, sous forme de murder party. Alors je me suis dit: et pourquoi pas vous expliquer le making of de la chose!

Première chose à savoir: ça prend du temps. Beaucoup de temps. Si je me base sur mon cas, il me faut environ 3 semaines. En passant plusieurs heures dessus par jour. Honnêtement j’ai du passer entre 40 et 50 heures en tout sur le dernier. Un peu moins sur le premier puisqu’il était plus léger.  Après tout dépend de ce que vous voulez mettre dedans.

Etape 1: Trouver son histoire

C’est la base de la base. L’histoire. Sans ça, bah il n’y a pas de Murder party. Commencez par déterminer le lieu et l’époque de votre histoire. Le contexte. Où et quand? Pour ma part, j’ai joué chaque fois sur notre époque, en utilisant des dates récentes. Le premier concours se déroulait dans un défilé de mode, le second dans un musée. J’aime l’idée de partir d’un événement précis ( le défilé, l’expo photo au musée, etc…). Ca me permet de réunir tous mes personnages au même endroit à un moment clé. Le reste de l’histoire, c’est à vous de le broder autour de votre base. Le nom de la ville, les lieux, les laps de temps…

Etape 2:  Les personnages

Les personnages de la murder party sont un point essentiel. Pour ne pas dire crucial! Tout se joue à travers eux. Pour chaque personnage, je monte une fiche, avec ses caractéristique physiques, personnelles, psychologiques, professionnels. Je commence TOUJOURS par la victime. Parce que finalement c’est elle la solution. Je créé ensuite les personnages en les reliant à la victime. Tous les personnages doivent pouvoir être reliés à la victime, de près ou de loin. Famille, amis, collègues, etc. Schématisez pour ne pas vous y perdre, ça aide. Vous pouvez ensuite relier certains personnages entre eux (collègues, familles, liaisons, etc).

Une fois que vous avez tous vos personnages et leur histoire personnelle. Choisissez le tueur. Plus ou moins au hasard. Affinez ensuite son caractère, sa relation avec la victime. Tissez lui des liens avec d’autres personnages aussi. Par exemple, si vous choisissez le conjoint jaloux comme meurtrier, il faut qu’il ait une bonne raison d’être jaloux. Il faut donc qu’un des autres personnages rode autour de la victime et que le meurtrier  le sache.

Etape 3: Le meurtre

Il n’y a pas de murder party sans meurtre évidemment. Vous avez donc la victime, et le tueur désigné. C’est là que ça se complique. En vous basant sur la relation que vous avez attribué à la victime et son meurtrier, déterminez un mobile. Jalousie, chantage, histoire d’argent, que sais je. Une fois que ceci est décidé, affinez de nouveau vos personnages autour de ce mobile. Comment vos personnages ont appris telle ou telle info?

Il faut ensuite travailler sur le meurtre en lui même: Où, quand, comment. Reprenez votre histoire de base. Le « où » devrait vous venir de suite. Par exemple, pour mon premier concours, l’histoire se passait lors d’un défilé de mode. Il était donc évident que le meurtre aurait lieu à l’endroit où se déroulait le défilé. Et le plus logique dans l’histoire était que le meurtre ait lieu dans les coulisses, avant le dit défilé. Pour le deuxième concours, j’ai choisi de faire commettre le meurtre au musée, à la fin de l’exposition. Quand vous choisissez le contexte du meurtre, il faut déjà penser à plus loin. Il faut penser à la possibilité de la chose. Si je reprends mon défilé de mode, il est évident que le meurtre ne pouvait pas être commis en plein milieu de la foule dans les coulisses. Il fallait donc que je libère l’espace le temps du meurtre. Et donc, réajuster mon histoire et l’emploi du temps de mes personnages, pour qu’à un moment, les coulisses soient libres.

Et enfin, et bien « comment ». En sachant qu’une femme ne tuera pas de la même manière qu’un homme. Il faut prendre en compte plusieurs paramètres.

  • La corpulence des personnages. Doit on déplacer le corps? Y aura t’il lutte? Une nana de 50kg ne pourra pas déplacer seule un homme de 150kg par exemple.
  • Comment: poison, arme à feu, arme blanche, coups, noyade… Les possibilités sot nombreuses. Il faut que ce soit logique et réalisable.
  • L’arme en elle même. De quelle arme peut il se servir? Un objet trouvé sur place ou qu’il porte sur lui? Lequel? Comment a t’il pu se la procurer? A quel moment?
  • La mort en elle même (oui c’est joyeux n’est ce pas): On ne meurt pas de la même façon d’un coup à la tête ou d’une overdose de médocs.

Etape 4: Le rapport d’autopsie

C’est pour moi le premier document que vous devez rédiger. Tous les autres documents et preuves vont en découler. Vous savez donc de quoi est morte votre victime. Maintenant il faut étudier un peu. Déterminer un laps de temps dans votre histoire où votre victime se fait tuer. Puis creusez autour de ça. En combien de temps meurt-on d’un traumatisme crânien? En combien de temps un coma devient il fatal? Quel médicament est létale avec un autre? Quel médicament peut être fatal avec quel problème de santé? Ca demande un peu de recherche, pour être au plus près de la réalité. A partir de là, vous pourrez déterminer une fourchette de temps pour votre meurtre, et l’annoncer sur votre rapport. « La mort est survenue entre telle et telle heure ».

Ensuite, à vous d’ajouter les détails qui vous paraissent importants: personnellement, j’ajoute en général un rapport d’analyse, avec le taux d’alcoolémie ( à une soirée, les gens picolent!), drogues (pour un empoisonnement ou une overdose par exemple), et parfois les résultats sanguins du sang retrouvé sur place ( celui de la victime et pourquoi pas du tueur si il y a eu lutte, dans ce cas là, il faudra trouver une preuve annonçant les groupes sanguins des suspects). J’ajoute aussi si il y a eu lutte, des traces: bleus, contusions, fractures, vêtements déchirés…

Etape 5: Les supports 

Je fonctionne sur une base de journal local. Tout simplement parce que je trouve cette méthode simple, mais efficace. Sur ce journal, j’écris des articles lambda, en rapport avec mon histoire de base: ce qui s’est passé les derniers mois en ville, articles sur certains personnages connus ( le maire, le créateur de mode, etc). Uniquement pour poser à vos joueurs le décor. Et un rapide tour des personnages. Je me sers aussi de ce journal pour envoyer les preuves au compte goute: chaque jour du concours ( généralement sur 4 ou 5 jours) je publie un article où je résume brièvement l’avancée de l’enquête, et je glisse dedans un lot de preuves. Mais je vais y revenir plus tard.

Je créé ensuite des supports annexes. Le plus pratique et logique: le blog de la victime. Il vous permet d’y glisser des infos essentielles sur la victime de façon plus personnelle. Et ça pose un peu plus le décor. Pour le premier concours je me suis arrêtée là. Pour le second, j’ai aussi créé: le site de la ville, le site du musée, et le site du club photo. Je les ai tous relié entre eux, toujours en respectant mon histoire. J’y avais glissé dessus, la présentation de quasiment tous mes personnages. Sur le site de la mairie, l’équipe du maire, sur le site du musée, le personnel du musée, sur le site du club photo, les membres. Et d’autres petits details, qui de base, n’ont pas spécialement d’importance aux yeux des joueurs mais au fur et à mesure de l’enquête, peuvent poser des alibis aux uns et aux autres ( le programme du club de sport par exemple).

Important: attention aux dates. Pensez à bien anti dater vos articles pré postés pour qu’ils correspondent au déroulement de l’histoire.

Etape 6: Faire les preuves. 

C’est la tâche la plus ardue. Vous devez avoir sous les yeux tous les éléments de votre histoire et de vos personnages. Partons sur une base de 10 personnages ( y compris la victime). Déterminez deux ou trois personnages  » inutiles » qui ne seront là que pour apporter leur témoignage. Ces personnages devront avoir des alibis bétons.  Pour les autres, il faudra que leurs alibis soient plus subtiles, et plus difficile à fixer. Sinon y a plus de suspens.

  • L’emploi du temps: Je mets systématiquement l’emploi du temps mensuel de la victime. Cela permet aux enquêteurs de lier les personnages avec la victime. Qui voit elle, quand, pourquoi? Vous pouvez aussi le faire pour deux ou trois autres personnages, soit pour leur fournir un alibi (à prouver par la suite) soit pour leur donner un mobile.
  • Les programmes: Il est pour moi important de donner le programme de l’événement pendant lequel s’est déroulé la scène, pour délimiter la journée en question. De telle heure à telle heure, il est prévu ça. C’est à ce moment que vous reprenez votre rapport d’autopsie avec l’heure du meurtre. Vous devez faire le programme en fonction, pour qu’à un moment, le meurtre puisse être commis à l’abris des regards.
  • Un plan: En soi, ce n’est pas essentiel, mais c’est un élément qui permet aux enquêteurs de se situer dans l’espace. Comment est il possible que personne n’est rien remarqué? Tout simplement parce que le lieu du crime ne donnait pas directement sur la salle où la foule se trouvait, par exemple.
  • Les fiches identités: Elles permettent de savoir exactement qui est qui, qui ressemble à quoi, etc. Vous pouvez même ajouter les empreintes digitales et le groupe sanguin si vous comptez vous en servir comme preuve.    Vous trouverez sur internet des générateur d’identité qui vous feront gagner du temps.
  • Les auditions: Alors. C’est extrêmement compliqué de rédiger les auditions. Allez au plus simple. Trois question suffisent: « Connaissiez vous la victime » « Que faisiez vous à l’heure du meurtre »  » Avez vous remarqué quelque chose d’inhabituel ». Faites répondre vos personnages en fonction de leur histoire, leurs relations entre eux, leur emploi du temps supposé. Glissez des petits détails qui peuvent avoir leur importance  » j’ai vu une femme de telle taille sortir des coulisses à telle heure ». Toutefois, faites en mentir quelques un, qui ont quelque chose à se reprocher sans pour autant que ça ait un rapport avec le meurtre. Il faut qu’il y ait quelques discordances entre les témoignages. Mais débrouillez vous pour que vos deux ou trois personnages inutiles soient disculpés dès ces auditions. Pensez à mentionner les attitudes étranges (agitation, essoufflements, stress, colère), les disputes entres les personnages, les retards, les départs précipités, etc. Semez le trouble chez le joueur: plusieurs personnages doivent avoir un mobile et donc avoir un différent avec la victime.
  • Les preuves annexes: Laissez libre cours à votre imagination. Factures (achats, hôtel, plein d’essence, pv…). Programme de salle de sport, avec fichier d’entrée et sortie prouvant la présence. Article de journal dénonçant des histoires louches. Billet d’avion avec une annonce annonçant un retard ou des embouteillages pour quitter l’aéroport. Conversation par sms, ou mail. Photos compromettantes. Traces de chaussures. Empreintes digitales. Casiers judiciaires. Dossiers médicaux (radios, ordonnances, certificats médicaux, etc).

Toutes les preuves doivent concorder avec l’histoire et entre les preuves elles même. Évitez les preuves qui ne mènent à rien. Vous allez perdre du temps, et le joueur aussi.  Les preuves ont deux buts: soit prouver l’innocence, soit prouver la culpabilité. Prenez vos personnages un par un, et faites vos preuves en fonction.

Etape 7: Répartir les preuves. 

Et bien oui, vous n’allez pas tout donner d’un coup, sinon l’enquête est vite terminée. Il faudra donc classer vos preuves pour les distribuer petit à petit.

Le premier jour, posez le décor: donner aux joueurs les supports (sites, blogs, etc), et le rapport d’autopsie, voir la fiche identité de votre victime. Il y aura déjà pas mal d’info à ingurgiter.

Ensuite, tout dépend de combien de temps vous voulez faire durer l’enquête. Pour ma part comme je le disais je l’étale sur 4 à 5 jours. Je donne prioritairement les auditions, en deux fois. En mettant les auditions qui prouvent des discordances de témoignages en dernier, pour faire durer un peu le suspens. Je fais de même avec les preuves. J’envois en premier les preuves des alibis bétons, afin que le joueur élimine déjà mes personnages « inutiles ». Je réserve les preuves qui affirment potentiellement la culpabilité le dernier jour. Et au milieu, comme je suis un peu fourbe, je donne matière à mobile à d’autres personnages, sans pour autant prouver la culpabilité des dits personnages. Par exemple, je prête toujours à trois ou quatre personnages, une dispute avec la victime, pour diverses raisons. Et j’appuie cela, avec les témoignages, mais aussi avec des conversations téléphoniques, lettre, mail…. Je me débrouille pour garder deux à trois suspects potentiels jusqu’au bout.

Le tout est d’arriver à envoyer de manière homogène les preuves tout en gardant un maximum de suspens jusqu’à la fin. Tout un art.

Pour que ça soit plus facile, repartissez vos preuves dans différents dossiers: jour 1, jour 2, etc. Pour m’aider (parce que le nombre de preuves est assez conséquent, en moyenne une quarantaine), je fais une liste de toutes les preuves. Je les coches au fur et à mesure que je les fais. Puis je les place dans un tableau ( jour 1: liste des preuves. Jour 2: liste des preuves). Ensuite seulement je les attribue aux différents dossiers.

Alors concrètement, comme ça se déroule: 

Lancez les inscriptions. Le plus simple à mon sens est de passer par google form. Le joueur entre son nom et son mail et emballé c’est pesé!

Le premier jour j’envois  par mail aux joueurs le lien du site du journal en leur précisant que chaque jour à telle heure, un article sera publié avec un lot de preuves. Je planifie mes articles à l’avance pour être tranquille.

Dans chaque article, je fais donc un rapide rappel des avancés de l’enquête et je glisse le lot du jour.

Vous devez avoir mis vos lots sur une plateforme de partage. Soit un drive (notre cher ami google), soit une plateforme d’hébergement/téléchargement.

Donnez une date butoir pour l’envoi des réponses. Pour ma part, j’ai choisi de recevoir les réponses de nouveau sous google form. Ca évite de s’éparpiller dans les mails. Vous recevrez tout au même endroit avec la date et heure précise de chacun. Vous saurez ainsi exactement qui à répondu en premier à la seconde près.

Si vous souhaitez ajouter de la difficulté (ce que j’ai fait pour le dernier concours), vous pouvez mettre un mot de passe sur vos dossiers de preuves. Je suis passée par TransfertNow. C’est une plateforme gratuite, qui permet de mettre en téléchargement des fichiers et en leur attribuant un code. Pour ce faire, vous devrez mettre vos dossiers au format zip (sinon le téléchargement va prendre des plombes). N’oubliez pas de reporter vos mots de passe attribués dans le tableau des listes de preuves histoire d’en garder une trace (sait on jamais).

A vous ensuite de déterminer comment vos joueurs devront trouver ce code. Énigmes, mini jeux, devinettes… Pour ma part j’ai choisi de leur faire trouver les différents mots de passe en les envoyant fouiller la page Facebook de la victime (oui, j’avais même créé une page Facebook). Il y avait un peu de tout: trouver la date de naissance, ou le nom du chaton de la victime, trouver le mot de passe grâce à un nuage de mot clé ( générateur ici) ou en devinant un mot avec 4 images. Par exemple, j’avais créé un album photo du chat de la victime, les joueurs devant trouver cet album au nom du chat, qui était le code, pour récupérer le dossier. Autre exemple: un album photo de vacances, où ils devaient deviner le mot qui liait toutes les photos entre elles.

Voila. Vous savez désormais tout. Ce n’est pas compliqué en soi je trouve, mais ça demande pas mal d’imagination, et surtout il faut avoir le souci du détail. Un grain de sable dans la machine peut tout faire foirer. Il faut sans cesse, vérifier que les preuves concordent notamment les dates/heures. Vous connaissez l’histoire, mais pas les joueurs. Il faut donc que le déroulement soit logique d’un point de vu extérieur.

Personnellement je fais toujours tester le jeu avant le lancement, par une ou deux personnes (coucou frangine). Cela permet de relever les petits détails qui coincent, les difficultés que vous n’aviez peut être pas envisagés, les erreurs (on peut parfois se mélanger les pinceaux à force). Vous pouvez ainsi rectifier le tir, ajouter ou modifier des preuves, expliquer autrement.

Précisez partout (sur vos documents, sur vos supports, etc) qu’il s’agit d’un jeu, que les personnages et les documents sont fictifs.

Si vous avez des questions n’hésitez pas, je serais ravie d’y répondre.

Pour terminer ce making of, voici une liste d’outils qui peuvent vous servir

Alors, à quand votre propre murder party virtuelle?

6 commentaires sur « #Lifestyle: Making of d’une murder party virtuelle »

  1. Tes 2 murder party étaient géniales ! Je te l’ai déjà dit mais tu fais un boulot de ouf. J’ai hâte de voir la prochaine. 😉
    Tu me donnes presque envie d’en faire une pour tester.
    Bises

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  2. Je ne crois pas que je tenterai l’expérience de créer un murder party virtuelle, mais je trouve toutefois l’idée originale. J’aimerais bien participer à une partie un jour. Je vais envoyer ce billet à mes amis qui pourraient être intéressés.

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