#Hommage: Du coté de chez Marie Louise

Ceux qui me connaissent sauront que je suis très famille. Pour moi il n’y a rien de plus important. Ils sont toujours présents et je le serais toujours pour eux. Mais aujourd’hui, je voudrais parler souvenirs. Et rendre un petit hommage à une personne que j’aimais tant.

J’ai perdu mon arrière grand mère il y a 8 ans. J’ai donc eu la chance de pouvoir en profiter pendant 18 ans, et je sais que peu de personnes ont eu cette chance. On a tous cette période à l’adolescence où passer du temps avec la famille plutôt que les copains, ça nous intéresse moins. Et j’ai parfois le sentiment de ne pas avoir assez été la voir tant qu’elle était encore là. Pourtant, en 18 ans, que de souvenirs.

Elle s’appelait Marie Louise. Elle vivait dans sa grande maison sur trois étages, au bout de notre jardin. Pour nous, c’était Mamée.

Du plus loin que je me souvienne, elle était très moderne dans sa façon de penser. Elle a eu toute sa tête jusqu’au bout. Elle gérait ses petites affaires et savait tenir tête à ma grand mère ( ce qui pouvait parfois être très drôle).

Petite, je passais tous mes mardis soirs chez elle. Je dormais dans sa chambre, elle me laissait son lit, et elle, dormait sur le canapé. Le mardi soir, c’était le cirque à la TV. Elle n’avait que trois chaînes à l’époque. Mais c’était notre petit plaisir, chacune dans un fauteuil, à regarder le spectacle. Elle laissait toujours à côté de mon lit, une petite boîte de bonbons framboise La vosgienne. On en trouve difficilement aujourd’hui. J’avais le droit d’en prendre deux avant de dormir, mais, souvent, j’en prenais un peu plus ( juste un peu).  

Le lendemain matin, j’avais le droit au chocolat chaud avec des tartines de beurre saupoudrées de cacao. l’ancêtre de la pâte à tartiner.

Mon arrière grand mère, c’est aussi ses fameuses tartes. Avec une pâte maison toujours à tomber, et une cuisson parfaite. L’un de mes plus grands regrets est de ne jamais lui avoir demandé la recette à temps. Son paté aux poires… Une petite tuerie. Et ça tout le monde s’accordera à le dire. Elle faisait aussi des confitures, et parfois on ne savait pas vraiment de quoi.

Il y avait un petit poulailler chez elle. Avec trois ou quatre poules. On avait donc le plaisir d’aller chercher les œufs, et de pouvoir les manger frais. C’est toujours le cas, les poules sont encore là. Et puis, il y avait le bassin, où de base, on avait mis trois poissons rouges. Aujourd’hui, ils sont incomptables.

Chez mon arrière grand mère, il y avait une petite boite, qui attisait toutes nos convoitises. Une boite en métal doré, avec une jolie image dessus. Cette boite, c’était la boite à chocolat. Toujours au même endroit, et toujours remplie. Je ne l’ai jamais, jamais, vu vide. Et pas n’importe quels chocolats: des kinders, et des milkinis. A chaque visite, on allait chercher avec bonheur nos chocolats. On mangeait ces chocolats, avec ce qu’on appelait “ les gâteaux du chien” . Alors, non, on ne nous donnait pas des biscuits dentix, c’était en réalité les célèbres biscuit secs ronds, que ma grand mère donnait souvent à son chien. Sauf que nous, hors de question de laisser notre part. Des fois on en ramenait pour les frères et sœurs ( si ils n’étaient pas dévorés discrètement sur le chemin de retour). Quand on m’a demandé ce que je souhaitais récupérer, c’est la première chose que j’ai demandé: la boîte. Elle est depuis désespérément vide, rangée dans mon armoire. Je la garde précieusement, elle ne vaut sans doute rien, mais a pour moi une valeur inestimable. J’espère un jour la remplir de chocolat pour mes petits et arrières petits enfants.

Mon arrière grand mère c’est aussi celle qui parfois a su trouver les mots pour me guider. C’est amusant parce que nous avions presque 80 ans d’écart. Pourtant elle était toujours de bon conseil, et suivait parfaitement bien nos évolutions. Elle, elle me voyait sage femme. Elle m’a toujours dit de faire des études, d’avoir un métier, d’être indépendante. Elle me racontait les bêtises de mon oncle, et surtout, de mon père . Et quand j’étais fâchée contre lui, elle me disait “ oh, t’en fais pas, il a fait pire que toi à ton âge”. Ce qui me faisait sourire, et en grandissant, j’en ai entendu de belles et je me suis dit qu’elle avait raison. En même temps je ne me souviens pas qu’elle ait déjà eu tort.

Chez mon arrière grand mère il y avait une tonne de pièces. Il y avait la grande salle de bain du haut qui sentait la lavande à plein nez. On y allait quand on voulait prendre un bain parce que dans l’appartement, il n’y avait que des douches à l’époque. C’était la salle de bain vintage par excellence, de la moquette du sol au plafond, jusqu’au couvercle des toilettes. Une moquette rose bordeaux si mes souvenirs sont bon. Il y avait des perles de bain, et une petite bonbonne de cotons boules colorés tout moelleux. J’ai aussi récupéré cette bonbonne.

Et Il y avait la fameuse pièce interdite: le grenier. On a jamais eu le droit d’y mettre les pieds et je crois que petite j’ai du y aller une fois avec ma maman. Une! Et depuis, je n’y suis jamais retournée. C’est un peu la pièce mystère. Pourtant il doit y avoir des trésors, à commencer par la robe de mariée de ma maman. J’espère pouvoir y mettre mon nez un jour. Il le faut parce que mine de rien je suis curieuse.

Depuis qu’elle est partie, la maison n’a pas bougé. Comme figée dans le temps. Les mêmes meubles, la même disposition, tout est là. Bien que désormais la télé soit à écran plat avec plein de chaînes. La maison reste et restera bien sûr dans la famille.

Le jour de mon mariage, sa vaisselle ancienne faisait partie de ma déco. Notamment son service à thé, pour mon thème Alice au pays des merveilles, c’était parfait. Une façon aussi de l’avoir avec moi. C’est aussi pour mon mariage que nous avons dépoussiéré pas mal de souvenirs avec ma grand mère. Je voulais faire une exposition photo des mariages de la famille, et j’ai donc demandé à ma grand mère des photos de Mamée le jour de son mariage. Nous avons passé l’après midi dans les cartons, à la recherche des photos, qui mine de rien, dataient. J’ai hérité du gêne “ garde tout “ de ma grand mère qui m’a trouvé LA photo que je cherchais. Ca a été l’occasion aussi de “ découvrir” mon arrière grand mère plus jeune, de connaître de nouvelles anecdotes, et un peu plus son histoire. La guerre. Son mariage. La naissance de ma grand mère. Les amis. Les lieux de vie. J’ai adoré me plonger dans les souvenirs de ma grand mère. Et de mon arrière grand mère par la même occasion.

Deux jours avant son décès, elle avait demandé à me voir. Moi. Sa première arrière petite fille. Je garderais notre conversation pour moi, parce que c’était entre nous. Elle avait tous ses esprits. Elle savait que c’était la fin. Moi aussi. Je crois qu’elle était heureuse. Fatiguée. Forcément. En presque 100 ans de vie, elle a dû en voir, des choses. Mais sereine.

Elle est restée chez elle, jusqu’au bout. Elle a toujours refusé d’aller ailleurs. C’était chez elle, sa maison. Longtemps, elle est venue tous les dimanches au repas familiale dans la maison de campagne. Avec ses fameuses tartes. Jusqu’au dernier, elle est venu aux repas de Noël et du nouvel an.  Plusieurs fois, elle est venue au ski avec nous, et nous préparait le repas. Elle est venue à tous les baptêmes, toutes les communions tant qu’elle a pu.

Son enterrement m’a beaucoup affecté. Je me souviens m’être sentie très seule ce jour là. Je n’avais pas réalisé avant, que je ne la reverrais plus. Je me souviens avoir vu mon père, mon oncle et mon grand père, en larme ( discrètement) pour la première fois. Je n’ai jamais vu ma grand mère aussi triste que ce jour là.

Elle n’aura jamais connu mon premier vrai copain. Qui est devenu celui avec lequel je me suis mariée 7 ans plus tard. Elle n’aura pas assisté à nos petites victoires, les bacs, les années fac, les permis de conduire. Elle n’aura pas pu être présente à mon mariage. Même si ce jour là bien sûr, elle était avec moi par la pensée. Je n’ai pas pu ne pas avoir un petit mot pour elle ce jour là.

Aujourd’hui, 8 ans plus tard, je garde tous ces souvenirs bien au chaud dans un coin de ma tête. Je suis nostalgique des moments où je repartais chez moi, de l’autre côté du jardin, et qu’elle me regardait de sa fenêtre ( des fois que je me perde en route). Parler de mon arrière grand mère, notamment avec ma grand mère est toujours un plaisir et un moment lourd d’émotion. Quand on parle de la maison, on dit toujours “ chez Mamée”.

Et c’est  en souriant que je termine ce post. En repensant à ses petites phrases qui prennent tout leur sens aujourd’hui. “ Sois indépendante” “ Tu n’es et ne seras jamais une matheuse, toi ton truc, c’est l’aventure, les lettres, et tes mains!”  “ Si tu vis aussi longtemps que moi, tu sauras que le soleil se lèvera toujours le lendemain” et surtout, surtout “ Fais ce que tu veux de ta vie, elle est à toi après tout! Mais fais pas n’importe quoi quand même, hein!”

Elle s’appelait Marie Louise. Elle vivait dans sa grande maison au bout du jardin.Mamée.

#Hommage: Du coté de chez Marie Louise
Photo de mariage de mon arrière grand mère

Crédit photo: Roxelane. Photo non libre de droits

Et vous, quels souvenirs avez vous de vos arrières grands parents? Grands parents?

 

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